Revue du MOOC Effectuation #1

Dans une autre vie, j’ai fait une école de commerce.

J’en suis sortie avec un joli diplôme, de jolies rencontres qui ont traversé les années, également l’envie d’entreprendre, je dois leur accorder cela, et un certain nombre de connaissances transversales fort utiles bien que de peu d’intérêt dans leur apprentissage, voire dans leur application quotidienne (type comptabilité ou droit, pour ne pas les citer…).

Je me rendais bien compte à l’époque que j’y apprenais également… je ne vais pas dire un paquet de conneries mais enfin je le dirais bien quand même. De mes cours théoriques de « management » (théorie + management + 20 piges = ahahaha), je me rappelle des diapos… enfin, des transparents au rétroprojecteur, plutôt, avec des mots jetés dessus à la volée, comme « pro-actif » (l’ancêtre de « agile », je suppose). Des cours de marketing et de vente. Pas tellement d’écho chez moi. Apprendre à vendre, au juste prix (entendre le prix le plus élevé et acceptable possible) à des gens des produits et services dont ils n’ont pas besoin, c’était déjà pas tellement ma came.

Mais je réalise aussi qu’il y a eu des choses qui se sont ancrées, un peu plus insidieuses.

Je m’en aperçois au suivi d’un MOOC, que vraiment, je conseille. Il s’agit du MOOC Effectuation, que vous pouvez retrouver sur Coursera. Il accepte encore actuellement les inscriptions. Il est soit gratuit, soit permet l’obtention d’un certificat, auquel cas il faut débourser 42 euros.

Il se base sur des travaux et recherches réalisés sur les entrepreneurs et leur fonctionnement : leur  façon d’aborder le risque, l’incertitude, et la création.

Et je dois dire que, même si tout ce qui est décrit me paraît d’un bon sens et d’une évidence déconcertantes, il faut bien avouer que certains des mythes décrits, pour ne pas dire tous, étaient bien présents dans ma petite caboche. En cours de déconstruction, certes, puisqu’ en pratique, je commence (mais après 20 ans de réflexion et de projets avortés !) à appliquer le fonctionnement décrit dans le MOOC.


Petite revue d’auto-debunk  (*point jargon : debunk = démythifier)

J’y vais mais j’ai peur

Les études montrent que les entrepreneur.e.s n’aiment pas le risque, et notamment le risque financier. Ils détestent les prévisionnels de vente. Les business plan, c’est du flamby (ça, j’avais déjà pu le constater dans mes jobs précédents). La démarche des entrepreneurs n’est pas : imaginons que je vais vendre tant, donc je peux investir tant. Et je ne peux qu’être d’accord! Cette démarche est flippante, m’a toujours faite flipper, et du coup, non, je n’ai jamais hypothéqué ma maison, je n’ai jamais écumé la planète à la recherche de financeurs prêts à investir dans « THE idée » ou mis toutes mes économies dans la balance face à d’hypothétiques recettes.

Ne me demandez pas pourquoi la base du business plan qu’on nous apprend et qu’on nous réclame, c’est des prévisionnels de vente, voire même pire ! des prévisionnels avec des prix et taux moyens par secteur. Je n’en sais rien, et j’espère que ça va un peu changer…

Parce que comme l’entrepreneuriat est une discipline dynamique, l’entrepreneur.e agit sur son environnement, le transforme, donc on ne peut se baser sur les données à un instant T pour prévoir T+1… c’est trop complexe, et trop incertain pour risquer dessus.

Alors quoi faire ?

Eh bien en fait, je réalise que j’ai moi-même répondu à cette question. Je suis passée à 80% (je pouvais me le permettre), je démarre de petites actions, dans un périmètre proche, à un coût minimal (que je peux me permettre).

En fait, j’estime la perte acceptable. Je n’estime pas ce que je peux gagner, mais ce que je suis prête à perdre sans conséquence dans un laps de temps donné. Et je vois ce qui vient. Et j’ajuste.

Bon dieu, comme ça allège ! Cette pression financière, c’est une injonction à réussir, et ça coupe les pattes mieux que n’importe quoi. Vous voyez, c’est quand même tout con. N’empêche.

 

Fucking syndrome de l’imposteur

La future psy en moi vous dirait que bon, syndrome ça n’est pas le terme adéquat, et qu’il serait peut être bon de s’interroger sur l’intérêt d’intégrer des mots de psychopathologie dans le langage courant (de se traiter d’autiste ou de schizo, mea culpa, je l’ai fait moi-même jusque récemment… parce que bon, c’est quand même un gros ressort comique). Je l’appellerai donc le complexe de l’imposteur.

Si vous cherchez des histoires inspirantes d’entrepreneurs, vous allez en trouver. Ce sont elles qui nous font rêver, qui sont mises en avant, Steve Jobs et consorts. Tout cela participe certes à nous tirer vers le haut, mais par un effet pervers contribue également à alimenter l’idée que l’entrepreneur.e serait un.e superhéros.oïne (ouille, il est moche celui-là en inclusive), ultra-compétent.e, parfait.e, et que comme nous, bin on l’est pas, on ne pourrait pas être entrepreneur.e, faute de super-pouvoirs.

Bon, en fait, et là ce n’est pas dur à vérifier : il n’y a pas de profil type d’entrepreneur.e en terme de connaissances, compétences, niveau d’étude. Bah ouais, en fait, tout le monde peut. Y compris nous. Y compris moi. Avec mon introversion, et mes difficultés à communiquer clairement à l’oral, bah je peux y aller.

Alors là, j’en suis pas encore tout à fait sortie, j’avoue. C’est mon plus gros frein à lever. Mais je suis bien entourée de gens et structures soigneusement choisis pour leur effet réunion weight watchers. (creative process watchers?)

 

Fucking Perfectionnisme

Une de mes grosses difficultés lorsque j’ai tenté de me lancer dans des projets de création d’entreprise était que ce n’était jamais fini, abouti, toujours perfectible. Il me manquait toujours des données pour finaliser.

Et pour cause.

Là encore, dans tout ce qu’on lit, et malheureusement dans tout ce qu’on enseigne, on oublie une caractéristique principale : l’impermanence et la variabilité de l’environnement.

A chaque instant, le contexte change, de lui-même, et par ce que nous, on injecte dans la machine. Il n’y a donc pas UN projet parfait, qui passe directement de la théorie et du prévisionnel de vente à l’application, coûte que coûte.

Un projet de création se construit, et même se co-construit avec les parties prenantes. J’ai toujours attendu d’avoir un site, un nom de marque, un prévi, une offre pour aller me confronter au terrain. Et ô surprise, il y avait toujours un élément auquel je n’avais pas pensé qui rendait le déroulement prévu impossible. Là encore, aujourd’hui, cela me paraît l’évidence même. Mais je fonctionne par idées et par valeurs, et si ma vision n’était pas applicable en l’état, eh bien, pas de concession, cela n’avait simplement pas lieu, et hop, retour à la case salariat (et le manque chronique d’espace de liberté et de créativité qui va avec).

Aujourd’hui, j’ai toujours mes valeurs, et des idées… souples et adaptables, cette fois-ci. Et je vais commencer par tester, discuter, expérimenter, voir ce que je peux faire (parce qu’en matière d’écologie, je veux faire quelque chose de plus que la démarche individuelle).

 

Alors quoi?

Alors. Alors j’ai changé ma page LinkedIn, qui était une vraie brochure de vente qui détaillait tout ce que le moi parfait de fin de projet pourrait faire, pour y décrire la moi d’aujourd’hui, avec ce qu’elle fait, et ce qu’elle recherche comme partenariats et échanges.

J’ai changé le descriptif de ce blog, pour en faire un vrai journal de bord, et non pas un site vitrine de vente de vent. Pour en faire un outil de partage, et un outil réflexif. A vrai dire, mon outil principal depuis 20 ans : je suis blogueuse compulsive. Cela m’a amené de belles rencontres et une réelle visibilité sur tous les domaines où j’ai blogué, pourquoi le changerais-je ?

Mon profil LinkedIn, avant.

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